En France, les TSL se sont surtout développées dans des systèmes de grande culture à partir des années 90 sous l’impulsion de groupes d’agriculteurs soucieux de réduire les coûts de production et les temps de travaux (Goulet, 2008). Ils vont très vite s’inspirer du modèle brésilien par des transferts qui se jouent à plusieurs niveaux : moyens de production (rôle des firmes privées de matériel agricole et de phytosanitaire), conduite des cultures (interventions d’experts ayant une expérien-ce dans les pays du sud) mais également création de dispositifs d’accompagnement basés sur des associations d’agriculteurs : entre 1999 et 2001 naissent BASE [1] et la FNACS [2]. La revue TCS [3] spécialisée sur l’agriculture de conservation, naît dès 1998, son rédacteur en chef devient le président de l’association BASE. Ces dispositifs prennent la forme d’organisations distribuées (Dodier, 1997), à partir de réseaux informels de praticiens ; ils contribuent aux apprentissages techniques en facilitant le partage d’expériences et les relations de conseil à distance.
Les objets de ces apprentissages, objets intermédiaires placés au centre de l’attention des différents acteurs mobilisés (Vinck, 1999), évoluent au cours du temps. Très centrés sur l’utilisation des outils et le fonctionnement du sol dans les premières années, leur attention s’est déplacée vers l’utilisation de plantes de couverture en interculture à partir de 2003 et, très récemment, vers l’utilisation de plantes de couverture en cultures associées, c'est-à-dire non détruite avant le semis de la culture commerciale.
Ces réseaux ont permis la construction de connaissances et le développement de techniques très innovantes chez les producteurs comme le semis direct sous couvert, le développement de cultures intermédiaires multi-espèces aptes à remplir plusieurs fonctions écologiques (étouffement des adventices, création de porosité biologique, fixation d’azote, protection des sols et de la biodiversité…) ou encore plus récemment des expériences de cultures associées (blé sur un couvert de luzerne, colza sur un couvert de trèfle etc.) permettant d’accroître encore les fonctions écologiques du couvert. Des valeurs communes associent également ces acteurs, avec en premier lieu une proximité affichée avec la pratique agricole et une volonté de renouveler son rapport au développement et à la recherche agronomique. Cela a conduit à des rapports souvent conflictuels avec les institutions de recherche et de développement accusées de produire des connaissances et des conseils sans lien avec l’expérience des agriculteurs et l’observation de leurs pratiques. Cette situation change en raison du développement des TSL conduisant les organismes de développement (certaines Chambre d’agriculture et coopératives) à s’impliquer plus fortement : par exemple, création du club nouriciAgrosol [4] en 2005.
La recherche s’est impliquée également, notamment à travers des projets [5] sur le non labour, portés par l’intérêt scientifique d’étudier le fonctionnement et d’évaluer l’impact de cette forme d’agriculture alternative, de la reconnaissance par les acteurs de terrain du rôle indispensable que jouent les institutions dans la production de connaissances et l’accompagnement des évolutions des pratiques.
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[1] Bretagne Agriculture, Sol et Environnement.
[2] Fondation Nationale pour une Agriculture de Conservation des Sols.
[3] Techniques Culturales Simplifiées.
[4] créé par la coopérative nouricia,
[5] projet GESSOL Dmostra (Effets de systèmes de culture alternatifs sur les matières organiques et la structure des sols limoneux, et approche du rôle fonctionnel de la diversité biologique des sols). projet européen KASSA (Knowledge Assessment and Sharing on Sustainable Agriculture http://kassa.cirad.fr/ ). projet ADEME (Evaluation des impacts environnementaux des TSL)
Publications du projet sur le terrain France Agriculture de conservation
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