Mahajanga (Madagascar)
Valorisation agricole des déchets urbains à Mahajanga (nord ouest de Madagascar )
La ville de Mahajanga , comme de nombreuses villes des pays en développement, est en forte croissance, ce qui amplifie les problèmes liés à la gestion de ses déchets et à son approvisionnement, d’une part en eau potable et, d’autre part, en produits alimentaires.
La collecte des ordures ménagères de la ville n’est encore que très partielle (on estime son taux à environ 40% des ordures produites) ; elle a fortement progressé ces dernières années (15% seulement étaient collectés en 2000).
Cependant la situation, dans cette zone à climat tropical humide , reste préoccupante et a déjà conduit à des propagations de maladies telles la peste et le choléra, suite à la pollution des eaux utilisées pour l’alimentation humaine. En effet, l'eau alimentant la ville provient d'une nappe karstique située à 40-50 m de profondeur, très sensible à une pollution provenant des ordures trop souvent abandonnées dans des dépôts sauvages.
De plus, il a été démontré que l’agriculture périurbaine (maraîchère et rizicole) ne produit pas assez pour approvisionner les habitants. Les limites de son développement sont essentiellement dues à l’accès à l’eau pendant les mois secs (principalement juillet à novembre, même si la pluviométrie totale est forte avec 1500 mm de pluie par an) et aux fertilisants (les engrais chimiques sont inaccessibles économiquement et ceux organiques trop rares).
Dans ce contexte, deux ONG, Gevalor et Tananamadio, ont développé une action de fabrication de compost à partir des ordures ménagères de la ville, de façon à favoriser la généralisation de la collecte et ainsi à assainir la ville, à produire un amendement utile au développement de l’agriculture périurbaine et à fournir du travail à des chômeurs. La démarche se place dans le cadre du développement durable, tant sous l’aspect environnemental que social ou économique, les ressources obtenues à travers le compostage devant équilibrer les charges correspondantes.
L’opération a d’abord mis en œuvre un atelier pilote expérimental , entièrement manuel, capable de produire à plein régime une vingtaine de tonnes par mois de compost. Le développement du marché , l’introduction d’une certaine mécanisation et l’accès à des financements « crédits carbone » , liés à la suppression d’émissions de méthane a permis en 2009 de produire et commercialiser 1 300 tonnes de compost, avec une centaine d’empl oyés .
Le plan de montée en puissance qui prévoit une production de 2 500 tonnes de compost en 2010 et 4 000 tonnes les années suivantes, conduit à des réductions d’émissions de méthane cumulées sur 10 ans (exprimées sous forme de C0² équivalent) de 150 000 tonnes. Anticipant un enregistrement début 2010 du projet suivant les normes VCS (Voluntary Carbon Standard), basées sur les méthodologies MDP (Mécanisme de développement propre), la Fondation GoodPlanet à travers un contrat de rachat des réductions d’émissions a accepté de préfinancer le projet, ce qui permet d’investir et d’équilibrer dépenses et recettes. Cependant, le compost est un produit local nouveau, le développement de son marché exige donc un fort appui agronomique. Sur la base de la production d’ordures ménagères de la ville (environ 30 000 tonnes par an), le potentiel de production de compost est de l’ordre de 10 à 15 000 tonnes par an .
Atteindre une telle capacité suppose bien entendu :
- la généralisation de la collecte à au moins 75% des ordures produites,
- la mise en place des unités de fabrication de compost adaptées,
- le développement du marché.
En effet, il serait vain de produire du compost si celui-ci n’est pas commercialisé.